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La navigation polynésienne aux étoiles

Le mouvement apparent des étoiles dans les zones de latitude moyenne (23° à 67°) des deux hémisphères et celui de la zone intertropicale sont totalement différents.


Le ciel de la Polynésie.

Dans la zone de latitude moyenne de l’hémisphère Nord le ciel semble s'organiser de façon circulaire autour de l'étoile polaire qui est un repère fiable.


Dans la zone intertropicale, du fait de la position de l'Étoile Polaire proche du plan de l'Équateur les étoiles semblent animées d'un mouvement vertical ascendant puis descendant.


Les concepts sur lesquels s'appuie la culture astronomique des marins polynésiens et ceux qui fondent la navigation astronomique des marins européens sont aussi différents que leurs ciels.

Ainsi les notions de latitude, de longitude, et de pôle sont inconnues en tant que telles dans la navigation traditionnelle polynésienne qui repose sur l'observation et la mémoire des phénomènes liés à la mer et aux étoiles. Cette mémoire a permis de définir les périodes les plus favorables aux voyages et les techniques de navigation aux étoiles.

Ces techniques reposent sur les notions de Rua et de Pou.
Les Rua, chemins d’étoiles, sont utilisés pour une navigation Est-Ouest. Les Pou, piliers du ciel, sont utilisés pour une navigation Nord-Sud.


La navigation par les Rua, les chemins d'étoiles.

Dans la cosmogonie polynésienne la matière et l'énergie indispensables à la création du monde ont surgi, sous forme de Rua, de puits situés aux extrémités de l'Univers.

Les Rua sont des suites d’étoiles alignées, qu'on imagine issues de puits situés sur l'horizon et que les navigateurs utilisent comme guides.

De nos jours encore, chaque nuit et chaque jour, les étoiles et le Soleil sortent de l’horizon à l'Est. Les étoiles qui émergent alignées les unes à la suite des autres, montent, culminent et redescendent dans le sens opposé en traçant leur trajectoire sur la voûte céleste. Elles forment un Rua.

Le Soleil lui aussi trace un Rua dans le ciel. Aux solstices ses parcours reproduisent sur la voûte du ciel les limites Nord et Sud de la zone tropicale terrestre. Le Soleil voyage tout au long de l’année d’une frontière à l’autre. Au milieu de son parcours, à l’Équateur, le jour et la nuit sont d’égale durée. Les Rua sont donc les images du parcours journalier du Soleil et surtout de celui des étoiles qui la nuit, sur un même alignement, sortent de l’horizon à l’Est, montent, culminent, redescendent et passent sous l'horizon à l'Ouest.

Ainsi, quand un marin polynésien souhaite se déplacer dans la direction Est-Ouest il navigue en suivant un Rua.

Pour maintenir sa pirogue dans la direction précise du chemin d'étoiles il prend comme repère l'étoile la plus brillante et la plus proche de la ligne d’horizon. Quand cette étoile monte trop haut dans le ciel ou disparaît sous l’horizon, les étoiles alignées les plus proches deviennent chacune à leur tour le guide de la route à suivre...

L'utilisation d'un Rua comporte peu de risque. Si le bateau s'écarte de sa route, il peut la réintégrer, puisque le repère est toujours présent.


La navigation par les Pou, les piliers du ciel.

Selon la mythologie polynésienne, les Pou sont les piliers qui ont permis de mettre en place le dôme du ciel et qui le maintiennent dans sa forme sphérique. Chacun des Pou est lié à une étoile très brillante qui permet de repérer son emplacement dans le ciel.

Même si la notion de pôle céleste n'existe pas en Polynésie on peut assimiler un Pou à un méridien qui relierait le Pôle Sud au Pôle Nord.

Le Pou du Nord est matérialisé par l’Étoile Polaire, tant qu'elle reste visible. Après sa disparition Dubhé (α Ursae Majoris) prend la relève. Dans l'hémisphère sud où il n’existe aucune étoile fixe, les repères principaux sont α et β Centauri, Rigel et Hadar, les étoiles très brillantes les plus proches du Pôle Sud.

En théorie pour une navigation Nord-Sud, suivre l'axe Dubhé et α - β du Centaure doit permettre au bateau d'atteindre sa destination.

Mais dans la réalité, par le phénomène de dérive lié au vent, à la houle et aux courants, le bateau tend à s'écarter de sa route. Même en suivant scrupuleusement la ligne indiquée par un Pou, on n’est pas certain d’être sur la bonne route. Une solution est de gouverner selon l'effet de dérive plus à l'Est ou plus à l'Ouest.

Quand l’île reste hors de vue alors que par la durée de son voyage ou par l'emploi d'un instrument du type titiro 'étú, le marin estime qu'il a atteint la latitude convenable, il observe le ciel, repère l’étoile associée à l‘île qu’il veut atteindre et manœuvre pour en suivre le Rua.


Les ciels d’Hawaï et de Tahiti le 1er juin 1050.

Grâce au logiciel Stellarium il est possible d’observer le ciel en un lieu, à une date et à une heure données. Les constellations sont celles définies par l’Union astronomique internationale (UAI).

Les images suivantes reconstituent les ciels d’Honolulu (île O’ahu dans l’archipel d’Hawaï) et de Papeete (Tahiti) le 1er juin 1050 à 19h 45 UTC. La date a été choisie arbitrairement dans une période où les populations du Pacifique et les européens ignoraient l’existence des uns et des autres.

Coordonnées :

Honolulu : longitude 155° 51’ W ; latitude 22° 18 N

Papeete : longitude 149° 34’ W ; latitude 17° 34 S



HONOLULU le 1erjuin 1050 à 19 h 45 UTC
L’Étoile Polaire et Rigel (α) et Hadar (β) du Centaure sont visibles sur l’axe N-S.

HONOLULU le 1er juin 1050 à 19 h 45 UTC


PAPEETE le 1er juin 1050 à 19 h 45 UTC
Rigel (α) et Hadar (β) du Centaure sont visibles sur l’axe N-S.
Dubhé (α) de la Grande Ourse va disparaître sous l’horizon.

PAPEETE le 1er juin 1050 à 19 h 45 UTC


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